Cela m'est revenu en sortant tout à l'heure et en passant à côté de ce tout petit parc aux portes de mon bureau. Je me suis souvenu de coup de fil à Fabienne, l'année dernière. Elle était à la maternité et moi au bureau. Félix était minuscule et la peau toute fripée.
Il venait de passer ses premières journées sans aide respiratoire. Mais, ce jour là, au bout du fil, Fabienne m'apprend que, au cours de la nuit, notre petitounet avait eu une petite détresse respiratoire et qu'on lui avait réinstallé les lunettes de respiration.
Nous qui guettions le moindre de ses progrès pouvant nous rassurer sur ses chances de futur ex-grand prématuré, nous avions vécu cela comme un véritable retour en arrière. Notre chéri faiblissait, il n'y arrivait plus tout seul, il n'avait plus assez de force.
En tout cas, c'est comme ça que moi j'avais vu les choses, du haut de mon siège au bureau, dans mon environnement design de belle agence de communication. Je me souviens avoir vraiment marqué le coup après avoir raccroché d'avec ma tendre. Je me souviens qu'il avait fallu que je me lève pour aller vite faire un tour et respirer un peu d'air. Respirer. Respirer dehors. Comme si ça avait pu aider notre fils. Comme si j'avais besoin de respirer pour lui.
Je me souviens de Pierre, mon presque voisin de bureau de l'époque, dont la chérie était enceinte à ce moment là. Nous parlions beaucoup tous les deux de choses de la femme enceinte et de choses de l'homme de la femme enceinte. C'était chouette de parler de ça avec un jeune mec tout barraqué.
Je me souviens que Pierre, me voyant passer avec une drôle de tête, est venu me demander des nouvelles avant que je ne m'éclipse. Je me souviens lui avoir dit quelque chose comme : "C'est Félix, ils l'ont remis en assistance respiratoire". Et je me souviens qu'à ce moment là, pile, exactement comme maintenant du reste, j'ai eu ma gorge qui s'est serrée et les larmes qui me sont montées aux yeux.
Je me souviens avoir glissé un : "Il faut que j'aille faire un tour" un peu étouffé. J'ai eu le temps de descendre l'étage me séparant de la sortie en dévalant le grand escalier de bois du bureau, j'ai pu traverser la rue et me cacher derrière un énorme marronnier. Et je me souviens avoir pleuré, beaucoup pleuré. J'ai pleuré sur le sort de mon fils, qui pourtant allait bien. J'ai pleuré sur notre sort à nous, ses parents, qui nous faisions tant de soucis.
J'étais caché de mes collègues, mais j'étais face à une des grandes artères parisiennes et offraient honteusement mes larmes à des dizaines d'inconnus.
C'était il y a un an, ou presque. Et mes larmes sont encore là, coincées dans ma gorge, alors que Félix va super bien et que sa photo sur mon bureau me fait rire chaque fois que je la regarde.
C'est bête les parents, c'est toujours inquiet.
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