Je ne donne pas beaucoup le biberon à Félix. En semaine, je ne le vois pas de la journée et, le soir, je rentre au mieux au moment où il va se mettre au lit. Il n'y a que le matin, au réveil, que nous pouvons avoir notre moment à nous.
Tous les deux, lui et moi, entre hommes.
Bien entendu, ça ne me fait pas rire tous les jours de me lever aux aurores, entre 5h30 et 6h30, pour aller récupérer un petit mouflet ayant fini de remplir ses couches et lui préparer son premier biberon. Moi. Les yeux mi-clos. L'équilibre précaire. La bouche pâteuse. La tête encore pleine de plein de sommeil d'il y a quelques instants.
Mais c'est notre moment à nous, Félix et moi, et il a plein de bons côtés qui en effacent pas mal de mauvais. Et parmi eux, il y a ses petites mains.
Parce qu'il faut le voir, le petit Félix, lorsqu'il prend son premier biberon, le matin. Il bouge ses petites mains doucement potelées dans tous les sens. Attention, pas comme un chef de gare qui agiterait son drapeau. Non, tout en douceur, en délicatesse. Il fait lentement tourner ses menottes sur elles mêmes, comme une danseuse orientale le ferait.
Et, pendant que ses petits doigts se plient et se déplient, les uns après les autres, pendant que ses mains oscillent de petits mouvement circulaires pleins de douceur, Félix examine. Il regarde tout ça. Il est le spectateur de son propre spectacle de Flamenco des mains.
Et quand une de ses mains se produit sur scène, l'autre est souvent posée sur mon poignet. Et ses doigts, qui là aussi se plient et se déplient, caressent doucement ma peau.
...
Et après, des fois, il crie très fort en balançant une baffe au biberon et il vomit sur lui et moi. Là, je sais que le premier spectacle de la journée est terminé.
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